Quatre jours. Trois cabanes. Un géant de plus de trois mille mètres autour duquel tout tourne. Le Kesch Trek, dans les Grisons suisses, n'est pas une course aux kilomètres — c'est une boucle autour du Piz Kesch (3 418 m), point culminant des Alpes de l'Albula, par des cols et des pâturages où vous croiserez plus vite une marmotte qu'une file de randonneurs.
L'itinéraire vous mène de col en col : départ en altitude au col de la Flüela (Flüela Pass), arrivée en bas à Bergün, sur la célèbre ligne de l'Albula, aujourd'hui classée à l'UNESCO. Entre les deux, une cinquantaine de kilomètres, trois cabanes du Club Alpin Suisse (CAS) et un col qui vous mettra à l'épreuve — le Fuorcla Pischa, à 2 867 m, point le plus haut de tout le parcours. Pas de via ferrata, pas de câble. Une traversée de crête honnête, dans l'un des coins les plus sauvages des Grisons, au cœur du parc naturel Parc Ela.
Le premier jour sert d'échauffement — environ deux heures et demie jusqu'à la cabane Grialetsch (2 542 m), nichée entre tourbières et flore alpine. Le deuxième jour se corse : passage par le Scaletta Pass, autrefois un sentier muletier fréquenté, descente puis remontée jusqu'au Kesch-Hütte (2 625 m). Celui-ci se dresse juste sous la face nord du Piz Kesch et la langue du glacier Vadret da Porchabella — au réveil, le sommet de plus de trois mille mètres et la glace sont à portée de regard. Le troisième jour est l'étape reine : montée au Fuorcla Pischa, puis traversée de hauts pâturages jusqu'à la Chamanna d'Es-cha (2 594 m). Le dernier jour, descente par le col de l'Albula, en longeant le lac Palpuognasee — élu en 2007 plus bel endroit de Suisse par les Suisses eux-mêmes. En automne, quand les mélèzes des versants environnants se parent d'or, on comprend pourquoi.
Que verrez-vous ? Le Piz Kesch, presque tout le temps. Le glacier de Porchabella, vu d'en haut comme d'en bas. Les vallées profondes de l'Engadine et de l'Albulatal, des cols, des cirques et de petits lacs où se reflète le ciel. C'est un classique des Grisons — ce n'est pas un hasard si le Kesch Trek compte parmi les plus beaux treks de plusieurs jours du canton. Du refuge en refuge, comme il se doit : une soupe chaude chaque soir, des jambes fraîches chaque matin, et entre les deux, rien que vous, votre sac et la crête.
Pour qui est-ce fait ? Pour un randonneur en forme, capable de marcher cinq à six heures par jour, avec des jambes habituées à la pierre. Rien d'extrême sur le plan technique — T2 à T3 selon l'échelle suisse, soit des sentiers de montagne balisés, pas d'escalade. Mais le troisième jour se fera sentir dans les mollets, n'en doutez pas. Un débutant complet ferait mieux de commencer ailleurs. La saison est courte : les cabanes sont occupées en plein été ; en dehors de cette période, vous partez en autonomie et à vos propres risques.
La réservation ? On vous a simplifié la tâche — les trois cabanes Grialetsch, Kesch et Es-cha se sont associées pour proposer le Kesch Trek en formule demi-pension avec panier-repas en option. Malgré tout, la règle d'or des Alpes s'applique : réservez votre couchette en cabane à l'avance, via le CAS. Qui arrive sans réservation compte sur la chance — et en montagne, elle s'épuise plus vite qu'une gourde d'eau.
Vous n'avez pas besoin de gravir le Piz Kesch — c'est une course glaciaire à part entière, une autre discipline. Mais pendant ces quatre jours, vous l'avez constamment sous les yeux. Vous contournez le géant, et lui vous observe. C'est tout le Kesch Trek : non pas conquérir le sommet, mais en faire le tour avec dignité.
Choisissez la date de départ — pour chaque nuit sur l'itinéraire, vous voyez immédiatement les couchages libres et réservez directement via le système officiel de l'Alpenverein.