Un lac qui, il y a trois cents ans, n'existait pas du tout. Une montagne autour de laquelle tourne toute la boucle. Et cinq jours durant lesquels vous ne descendez en basse altitude que par brefs instants — le reste du temps, vous restez en hauteur, sur la ligne de crête entre les cantons de Vaud et du Valais.
Le Tour des Muverans contourne le Grand Muveran (3 051 m). C'est le trois-mille le plus occidental des Alpes bernoises et le point culminant de tout le massif des Muverans, assis exactement sur la frontière cantonale, au-dessus de la vallée du Rhône. Vous ne le gravissez pas. Vous en faites le tour — et depuis chaque col, vous le regardez sous un angle différent. C'est tout le principe : la montagne reste au centre, vous tournez autour d'elle comme une aiguille sur un cadran.
Les chiffres, sans détour : environ soixante kilomètres, plus de cinq mille mètres de dénivelé positif, cinq jours, départ et arrivée à Ovronnaz. Difficulté hard — et le mot n'est pas galvaudé. Le sentier reste en grande partie au-dessus de deux mille mètres, les passages techniques sont cotés T3, et des cordes et des chaînes pendent aux endroits exposés. Ce n'est pas une traversée de crête pour randonneurs du dimanche. C'est une boucle pour des gens capables de tenir six heures de marche par jour et de ne pas vaciller quand le sentier surplombe le vide.
Le caractère du terrain change chaque jour. En haut, des éboulis, des pentes rocheuses et des vires sous les parois des Muverans. En bas, des pâturages verts et l'un des paysages les plus étranges de Suisse : Derborence. Retenez ce nom. Le lac de Derborence est le plus jeune lac naturel des Alpes — il est né lorsque, à deux reprises, en 1714 et en 1749, plus de cinquante millions de mètres cubes de roche se sont effondrés du massif des Diablerets et ont comblé la vallée. Le premier éboulement a tué quatorze ou quinze personnes et un troupeau de bétail. L'eau s'est ensuite arrêtée derrière ce barrage de pierres et a formé le lac. Sur les éboulis a poussé entre-temps une forêt primaire d'environ cinquante hectares — l'une des dernières forêts vierges de Suisse, aujourd'hui zone protégée. L'écrivain C.-F. Ramuz a immortalisé cette catastrophe dans son roman Derborence, paru en 1934. Vous traverserez ce lieu à pied.
Les étapes et les cabanes sont l'épine dorsale de la boucle. La première nuit se passe à la Cabane Rambert (2 582 m) — une maison de pierre de la section CAS des Diablerets, avec ses volets rouge et blanc, sa fenêtre panoramique et ses trente-huit places. Sa position est tout l'intérêt : la vue s'étend du Mont Blanc aux Alpes valaisannes jusqu'au Mönch, plonge dans la vallée du Rhône et fait face à la silhouette déchiquetée des Dents du Midi. La deuxième nuit vous attend en contrebas, au bord du lac, au Refuge du lac de Derborence, en plein dans ce paysage d'éboulement. Le troisième jour est un jour de transition — vous descendez des hauteurs par les alpages jusqu'au Refuge Giacomini. La quatrième nuit revient à la Cabane de la Tourche (2 198 m), dernière cabane d'altitude avant que la boucle ne se referme sur Ovronnaz.
Pour qui ? Pour des trekkeurs expérimentés, qui ont déjà l'habitude des traversées de refuge en refuge et pour qui un passage assuré ou une longue descente ne posent pas de problème. Familles avec jeunes enfants et débutants, cherchez une boucle plus douce — ici, les cordes et l'exposition sont une réalité, pas un ornement. Si vous êtes à l'aise en T3 et que ça vous plaît de voir le panorama tourner un peu plus chaque jour, voici votre boucle de cinq jours autour d'un trois-mille.
Quand partir ? La meilleure fenêtre va de mi-juillet à fin août, quand les pentes sont dégagées de neige et les cabanes en pleine activité. Septembre marche aussi, mais comptez avec des jours plus courts et le froid, et surveillez les horaires d'ouverture des cabanes, car la saison touche à sa fin.
Comment réserver ? Les cabanes du Club Alpin Suisse (CAS) se réservent à l'avance, chacune séparément — la Cabane Rambert via la section CAS des Diablerets, les autres via leur gardien respectif. En haute saison, ne comptez pas trouver un lit sur place. Écrivez, appelez, confirmez.
La montagne restera au centre. Le lac né du chaos continuera de reposer sous les Diablerets. La seule question est de savoir de quel côté vous les regarderez.
Choisissez la date de départ — pour chaque nuit sur l'itinéraire, vous voyez immédiatement les couchages libres et réservez directement via le système officiel de l'Alpenverein.