Au crépuscule, les parois s'embrasent au-dessus de vous. Pas un peu — tout le massif vire au rose, comme si quelqu'un avait allumé un feu sous la roche. Les gens du pays appellent cela l'enrosadira. La légende raconte qu'un jardin de roses fleurissait ici jadis, propriété du roi Laurin, souverain nain qui l'a maudit dans sa colère — que l'œil humain ne le voie plus, ni de jour ni de nuit. Mais il a oublié le crépuscule. Et c'est ainsi que le Rosengarten enfreint chaque jour sa propre malédiction, quelques minutes durant.
D'où son nom allemand, Rosengarten — le jardin de roses. En italien, Catinaccio. Dans un cas comme dans l'autre, c'est l'un des coins les plus photogéniques des Dolomites, et le Rosengarten Traverse vous y conduit d'un bout à l'autre : 40 km, environ 3 500 m de dénivelé positif, 3 à 5 jours selon votre rythme. Départ sur le vaste Seiser Alm (Alpe di Siusi), le plus grand alpage d'Europe, arrivée en bas dans le Val di Fassa. Entre les deux, vous traversez le cœur du groupe Catinaccio-Schlern, un parc naturel qui fait partie du patrimoine mondial UNESCO des Dolomites.
Le terrain ? Des tours calcaires déchiquetées, des cols rocheux, des balcons herbeux et quelques passages où l'on se tient à un câble. La difficulté est moyenne — ce n'est pas de la haute montagne extrême, mais une vraie traversée de crête qui demande de la condition physique et un pied sûr. Le point clé de la première étape est le Santner Pass (2 734 m). Une via ferrata y grimpe — casque, baudrier et absorbeur de choc nécessaires. Qui ne veut pas de la corde contourne le col par le sentier pédestre du Tschagerjoch (Passo delle Coronelle). C'est là que vous vous retrouvez pour la première fois face aux Tours du Vajolet.
Et elles valent tout le voyage. Les Torri del Vajolet — dix aiguilles et tours rocheuses dressées vers le ciel comme des tuyaux d'orgue. La Torre Winkler a été gravie pour la première fois par Georg Winkler, dix-huit ans, en 1887, en solo intégral, à la montée comme à la descente, sans corde, sans assurage. Aujourd'hui, les Tours du Vajolet comptent parmi les sommets les plus grimpés de tous les Dolomites — au pied des tours, sous le balcon du Gartlhütte, se retrouvent autant de grimpeurs et de randonneurs que nulle part ailleurs.
Étapes et refuges : le premier jour vous mène à travers le Seiser Alm jusqu'au refuge Tierser Alpl (Rifugio Alpe di Tires), reconnaissable de loin à son toit rouge. Construit par le montagnard Max Aichner — son rêve s'est réalisé en 1963 — il se dresse exactement au carrefour des chemins entre le Val di Fassa, le Tierser Tal et le Seiser Alm, sous les dents rocheuses des Rosszähne (Denti di Terrarossa). À l'intérieur, le bruit de la machine à café vous accueille, et le refuge fonctionne au vent et au soleil. Le deuxième jour passe sous les tours, par les cols Grasleitenpass (Passo Principe) et Molignonpass, jusqu'au refuge Vajolet (Rifugio Vajolet), qui se dresse ici depuis la fin du XIXe siècle. La dernière étape descend le long des tours jusqu'au refuge Gardeccia et plus loin dans la vallée de Fassa.
Pour qui ? Pour des randonneurs aguerris capables d'encaisser une longue journée en montagne, sans être gênés par quelques mètres de câble sous les doigts. Les familles avec des enfants expérimentés s'en sortent par les variantes pédestres, sans via ferrata. Quand partir ? Les refuges fonctionnent environ de mi-juin à mi-septembre — hors de cette période, c'est fermé et la neige est épaisse.
Comment réserver ? Chaque refuge séparément, directement auprès de lui, et n'hésitez pas à vous y prendre plusieurs mois à l'avance — les Tours du Vajolet attirent les foules et les lits partent vite. Confirmez votre réservation, comptez sur le dîner et le petit-déjeuner au refuge, et prévoyez plutôt du liquide : le réseau en montagne est une question d'opinion.
Le Rosengarten Traverse n'est pas le trek le plus long des Dolomites. Ni le plus sauvage. Mais peu de treks vous laissent debout sous une paroi qui rougit sur commande — et qui vous rappelle ensuite que le roi Laurin a oublié ce crépuscule-là exprès.
Choisissez la date de départ — pour chaque nuit sur l'itinéraire, vous voyez immédiatement les couchages libres et réservez directement via le système officiel de l'Alpenverein.