Massif mort.
Un nom qui sonne comme un avertissement — et il l'a mérité. Le Totes Gebirge est le plus grand plateau karstique d'Europe centrale, plus de mille kilomètres carrés de calcaire nu. L'eau n'y reste pas. Elle s'infiltre dans les fissures, disparaît dans les grottes, et ne laisse, au-dessus de la limite de la forêt, que des dalles de pierre blanche que les gens du coin appellent « Stoabreda ». D'où le nom : presque pas de vert, presque pas d'eau. En échange, un silence dans lequel on entend son propre pouls.
Et c'est exactement pour ça que vous venez ici.
Cette boucle part et se termine à Grünau im Almtal — un « village de montagnards » officiel autrichien (Bergsteigerdorf), c'est-à-dire un lieu qui s'est engagé à laisser les montagnes être des montagnes. En trois jours, vous grimpez environ 1 800 m et parcourez 28 km. Ce n'est pas un marathon en chiffres. C'est un terrain exigeant : lapiaz karstique, chaînes, échelles, exposition. Un pied sûr et une tête tranquille ne sont pas des recommandations ici, ce sont un ticket d'entrée.
Le premier jour, c'est la mise en jambes. Depuis la vallée de l'Almtal, vous rejoignez l'Almtaler Haus, un refuge de l'Alpenverein en bordure nord-est du massif. Bas, confortable, avec les Ödseen — des petits lacs de montagne — juste sous vos pieds. C'est ici que vous ajustez votre sac et votre tête. Demain, ça commence à grimper pour de bon.
Le deuxième jour est celui pour lequel on vient ici. Montée sur le plateau karstique, puis le Sepp-Huber-Steig — un chemin par endroits équipé d'échelles, qui vous hisse jusqu'au col de Röllsattel. Derrière s'ouvre l'Elmsee. Un lac de montagne au milieu de la pierre, et juste à côté le Pühringer-Hütte, un petit refuge isolé à environ 1 637 m d'altitude. Terrasse, soupe, vue sur le plan d'eau, et le soir, un silence à vous glacer. Le romantisme façon alpine : pas de réseau, pas de foule, juste vous et le plateau.
Le troisième jour vous ramène. Traversée jusqu'au Welser Hütte (1 726 m), qui se dresse juste sous deux géants — le Großer Priel (2 515 m), le plus haut sommet de tout le massif, et le Schermberg (2 396 m). Qui a un jour de plus et de bonnes jambes peut, de là, tenter l'ascension du Priel ; le Welser Hütte en est la base de départ la plus courte. Le refuge a été construit par la section de Wels de l'Alpenverein ; le bâtiment actuel est déjà le quatrième (les versions précédentes sont tombées, l'une balayée par une tempête en 1934), et il a connu une grande rénovation en 2012. De là, vous redescendez vers la verdure de l'Almtal, où la forêt vous accueille enfin — et avec elle, l'eau que le plateau avait cachée tout du long.
Pour qui ? Pour les randonneurs expérimentés qui veulent une traversée de haute montagne sans technique glaciaire, mais avec une bonne dose de solitude. Qui cherche du service et des télécabines n'a qu'à aller ailleurs — ici, la récompense, c'est la rudesse brute. Qui sait lire le terrain karstique et n'a pas peur d'une échelle au-dessus du vide vivra trois jours dont il se souviendra.
Quand partir ? La fenêtre est courte. L'Almtaler Haus ouvre généralement à partir de mai, le Pühringer-Hütte de juin à début octobre, le Welser Hütte seulement de début juin à mi-septembre. La fenêtre commune réelle pour toute la boucle va donc de mi-juin à mi-septembre. En dehors, la neige s'accroche encore au plateau et les refuges sont fermés.
Comment réserver ? Les trois sont des refuges de l'Alpenverein — réservez votre lit à l'avance, par téléphone ou via le système de réservation du refuge concerné. Des refuges isolés comme le Pühringer ont une capacité limitée, et compter sur le fait qu'« il restera bien une place » est une mauvaise idée sur un plateau karstique. Être membre de l'Alpenverein est ici rentable : prix de nuitée réduit et, en cas de besoin, une assurance.
Le Massif mort ne vous facilitera rien. Il ne vous donnera ni eau, ni ombre, ni réseau.
Mais il vous donnera un silence dans lequel vous entendrez enfin pourquoi vous êtes venu.
Choisissez la date de départ — pour chaque nuit sur l'itinéraire, vous voyez immédiatement les couchages libres et réservez directement via le système officiel de l'Alpenverein.