Le 19 novembre 1946, un avion militaire américain Dakota s'est posé à l'aveugle sur le Gauligletscher. En pleine tempête de neige, à plus de trois mille mètres d'altitude. Douze personnes ont survécu — et des pilotes suisses sont venus les chercher une par une, directement sur le glacier, avec de petits avions Fieseler Storch. C'est ainsi qu'est né le sauvetage aérien moderne, dont naîtra quelques années plus tard la Rega. Et c'est précisément au-dessus de ce glacier, près du Gaulihütte, que cette boucle se referme après sept jours.
Le Berner Oberland Wochenrundtour n'est pas une traversée de crête pour tout le monde. C'est une boucle de haute montagne sur les glaciers des Alpes bernoises : 78 km, 5 500 m de dénivelé positif cumulé, sept jours, sept cabanes du Club Alpin Suisse (CAS) — départ et arrivée au même endroit, l'historique Grimsel Hospiz. Difficulté : expert. Ce n'est pas un slogan marketing. Vous traverserez trois glaciers — l'Unteraargletscher, le Finsteraargletscher et le Strahleggfirn — n'y venez pas sans crampons, piolet et corde.
Le Grimsel Hospiz, où tout commence, est un témoin de l'histoire. Premier refuge du pays, il est mentionné dès 1142, et il est devenu plus tard le tout premier hôtel chauffé à l'électricité d'Europe. Aujourd'hui coincé entre deux barrages, c'est de là que part l'une des plus longues chaînes de refuges des Alpes bernoises, droit vers le cœur glacé du massif, jusqu'à la source de l'Aar.
Le premier jour, le chemin sur les moraines de l'Unteraargletscher vous mène jusqu'à l'Aarbiwak (2 731 m) — un bivouac isolé dans un cirque glaciaire sous la face est du Finsteraarhorn. Le bivouac d'origine a été emporté par une tempête durant l'hiver 1974/75 ; celui d'aujourd'hui date de 1977 et n'accueille guère plus de dix-sept personnes. Le deuxième jour, vous traversez le Finsteraargletscher jusqu'au Finsteraarhornhütte (3 048 m), reconstruit en 2003, juste sous le plus haut sommet des Alpes bernoises. Le Finsteraarhorn mesure 4 274 m — c'est le troisième sommet le plus proéminent de toutes les Alpes, et il vous surplombera pendant deux jours entiers.
Le troisième jour est le toit de la boucle : une traversée par un col glaciaire jusqu'au Oberaarjochhütte (3 258 m), le point le plus haut de tout l'itinéraire. Ensuite, ça descend — mais pas vers la civilisation. Le quatrième jour, descente sur le glacier jusqu'au Lauteraarhütte (2 393 m), qui trône sur un îlot rocheux au-dessus de l'Unteraargletscher. Son noyau, le Pavillon Dollfuss, date des années 1840, et le CAS l'a racheté en 1882 ; depuis la terrasse, vous regardez par-delà les glaciers grisâtres, droit dans la face est du Finsteraarhorn.
Le cinquième jour vous mène au Gelmerhütte (2 412 m) au-dessus du lac turquoise Gelmersee. Qui en a assez après cinq jours dispose ici d'une porte de sortie : le Gelmerbahn descend vers la vallée, le funiculaire à ciel ouvert le plus raide d'Europe, avec une pente de 106 %. Le sixième jour, déplacement jusqu'au Bächlitalhütte (2 328 m), dans le sauvage Bächlital constellé de cascades. Et le septième jour, le finale — l'isolé Gaulihütte (2 205 m) au-dessus du Gauligletscher, où le glacier, même des décennies plus tard, livre encore de temps à autre un nouveau morceau de ce fameux Dakota. De là, retour au Grimsel.
Pour qui ? Pour des alpinistes expérimentés, qui savent évoluer en cordée sur glacier, s'assurer avec des crampons et ne paniquent pas quand une crevasse s'ouvre sous leurs pieds. Pas pour les débutants, pas pour les familles avec enfants. Qui lit ceci et ne sait pas ce que signifie sonder une crevasse devrait commencer ailleurs.
Quand partir ? La saison glaciaire dans les Alpes bernoises va à peu près de mi-juillet à mi-septembre, quand les cabanes du CAS sont gardées et les glaciers dans leur meilleur état. En dehors de cette fenêtre, vous risquez la neige, des refuges fermés et un névé dur comme du béton.
Comment réserver ? Les sept refuges appartiennent au CAS — vous réservez vos lits à l'avance via le système de réservation du Club Alpin Suisse, auprès de la section responsable de chaque refuge. Pour la haute saison, ne tardez pas : les capacités sont réduites, et l'Aarbiwak n'accueille guère plus qu'une petite cordée.
Sept refuges, trois glaciers, une seule boucle. Vous partez du Grimsel et vous y revenez — mais riche de plusieurs milliers de mètres de dénivelé, d'un regard dans la face est du Finsteraarhorn et d'une histoire de glacier en plus.
Choisissez la date de départ — pour chaque nuit sur l'itinéraire, vous voyez immédiatement les couchages libres et réservez directement via le système officiel de l'Alpenverein.