Sept dents de pierre, dressées au-dessus de la plaine du Rhône avec une telle netteté qu'on les voit depuis Montreux — trente kilomètres plus loin, de l'autre côté du lac Léman. Les Dents du Midi ne sont pas une seule montagne. C'est une crête à sept sommets : la Cime de l'Est, la Forteresse, la Cathédrale, l'Éperon, la Dent Jaune, Les Doigts et la plus haute, la Haute Cime (3 257 m). Ensemble, elles composent une carte postale que tout le Valais connaît. Et vous n'allez pas contempler cette crête de loin, depuis la terrasse d'un hôtel. Vous allez en faire le tour de près, en quatre jours.
Le Tour des Dents du Midi est une boucle au départ et à l'arrivée de Champéry. Cinquante kilomètres, quatre mille cinq cents mètres de dénivelé positif. Ce n'est pas une promenade du dimanche — il est classé « hard » et il le pense sérieusement. Le sac au dos, une cabane pour la nuit, et entre les deux, un terrain qui ne vous fera pas de cadeau.
Le moment le plus corsé porte le nom de Pas d'Encel. Une gorge rocheuse raide, équipée d'un câble d'acier et de chaînes, où les mains se rappellent soudain qu'elles savent aussi grimper. Ce n'est pas une via ferrata au sens strict — c'est un chemin de montagne qui met du fer entre les mains sur un passage exposé. On monte ensuite au Col de Susanfe (2 494 m), point culminant de toute la boucle, sauf si vous ajoutez l'ascension de la Haute Cime elle-même.
Pourquoi cette crête ressemble-t-elle à une scie ? À cause du calcaire, du temps et de la glace. Les Dents du Midi sont formées d'un calcaire soulevé lors de la collision entre l'Afrique et l'Europe, il y a environ soixante millions d'années. La dernière glaciation (le Würm) a ensuite sculpté le massif jusqu'à lui donner ces dents caractéristiques. Sur les versants subsistent trois glaciers — Plan Névé, Chalin et Soi — derniers vestiges de blanc dans une roche par ailleurs grise.
L'eau a aussi ses propres chapitres ici. Vous passez près du Lac d'Antème, petit œil de haute montagne, puis du lac de barrage de Salanfe, à 1 925 m d'altitude. Les infiltrations de ce barrage alimentent d'ailleurs une source thermale découverte en 1953 — des montagnes qui chauffent sous la surface.
On dort en cabane, et ce sont ici de véritables institutions. Le Refuge de Bonavau, haut au-dessus de Champéry (environ 1 636 m). L'Auberge de Salanfe, au bord du lac de barrage. Et le joyau de la boucle, la Cabane de Susanfe (2 102 m) — une cabane de pierre construite en 1932, juste sous la Haute Cime, gérée par le Club Alpin Suisse (section d'Yverdon). Soixante-douze lits dans trois dortoirs, pas de douche, pas de réseau. C'est justement pour ça que plus de deux mille cinq cents personnes y passent chaque année — parce que ce sont des montagnes sans wifi, comme elles doivent être.
Un peu d'histoire pour la route : la boucle a été créée en 1972 et fait figure de pionnière parmi les tours de longue distance valaisans — un « tour » dont les autres se sont ensuite inspirés. Pendant près de quarante ans, un marathon de montagne qui s'y courait lui a fait de la publicité. Et au-dessus de tout cela trône la Haute Cime, gravie pour la première fois dès 1784 par un vicaire de Val-d'Illiez, bien avant que l'on ne vienne dans les Alpes pour le plaisir.
Pour qui est-ce fait ? Pour des randonneurs aguerris, au pied sûr, capables d'un passage câblé raide et à l'aise pour dormir sur une couchette superposée. Pas pour un débutant complet. Quand y aller ? De juin à octobre, selon la neige — en dehors de cette fenêtre, du névé recouvre les cols et les cabanes sont fermées.
Les réservations sont une nécessité, pas un détail. Les cabanes de la boucle se remplissent vite, la Cabane de Susanfe relève du Club Alpin Suisse (CAS) et se réserve à l'avance via le portail officiel dentsdumidi.ch. Ne montez pas sans lit confirmé.
Champéry vous laisse partir et vous accueille par le même portail — et les derniers mètres du retour passent par la Galerie Défago, un tunnel percé dans la roche. Vous entrez dans l'obscurité, vous en ressortez dans le village. Et les sept dents continuent de sourire à l'horizon derrière vous — sauf que maintenant, vous savez à quoi elles ressemblent de près.
Choisissez la date de départ — pour chaque nuit sur l'itinéraire, vous voyez immédiatement les couchages libres et réservez directement via le système officiel de l'Alpenverein.